25. sept., 2022

Réforme des retraites : l’épineux problème des régimes spéciaux


Le gouvernement réfléchit à la meilleure stratégie pour faire passer sa réforme des retraites. En pleine crise énergétique, toucher au régime des gaziers et des électriciens apparaît comme risqué socialement et économiquement.

Le risque est grand qu’une réforme des retraites qui viendrait toucher les agents d’EDF et d’Engie entraîne des mouvements sociaux qui compliqueraient un peu plus la situation énergétique de la France.

À chaque réforme des retraites la question revient en boucle pour le gouvernement : que faire des régimes spéciaux plus avantageux que le régime général ? Si depuis le 1er janvier 2020, et la disparition du statut des cheminots pour les nouveaux entrants, le régime spécial va progressivement disparaître au sein de la SNCF, quid de celui des agents de la RATP mais surtout celui des gaziers et des électriciens ? Alors que les approvisionnements en électricité et en gaz s’annoncent compliqués pour cet hiver, le risque est grand qu’une réforme des retraites qui viendrait toucher les agents d’EDF et d’Engie entraîne des mouvements sociaux qui compliqueraient un peu plus la situation énergétique de la France.

« On est à un moment où on ne peut pas perdre une semaine de travail d’EDF, confie un poids lourd du gouvernement. Est-il nécessaire de se faire plaisir sur les énergéticiens, au nom de la justice, en remettant en cause le statut des gaziers et des électriciens ? Je pense que le jour où vous avez quinze jours d’arrêt des centrales nucléaires alors qu’on est à un jour près de fonctionnement pour bien passer l’hiver, cela n’est ni malin, ni responsable. »
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En 2019, lors de la dernière tentative de réforme des retraites, la CGT énergie avait multiplié les coupures de courant et les baisses de charge dans les centrales nucléaires.

L’un des deux scénarios de la réforme à l’étude exclut les régimes spéciaux

Actuellement, l’exécutif travaille sur deux scénarios. D’abord, celui d’une réforme par voie d’amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Outre la rapidité, celui-ci aurait l’avantage d’exclure, de fait, les salariés des régimes spéciaux puisqu’une modification de leurs statuts nécessite de passer par la loi. « En politique, il faut distinguer l’accessoire de l’essentiel, justifie ce même ministre. L’essentiel, c’est l’âge légal, l’accélération du Touraine (augmentation de la durée de cotisation d’un trimestre tous les trois ans) pour les trimestres de cotisation, et un minimum de pension à 1100 euros. »

Le deuxième scénario suppose de passer par la loi. La réforme des retraites se ferait toujours avant l’été prochain, mais sur un temps plus long avec cette fois la possibilité d’intégrer — ou pas — les régimes spéciaux. Mais selon quel calendrier ? « Est-ce que ça serait plus prudent de repousser la réforme pour éviter d’éventuels blocages de centrales nucléaires, interroge le ministre. Non, tant qu’on ne touche pas au statut des IEG (Industries électriques et gazières) , il n’y a aucune raison pour qu’EDF se mette en croix. »

Mais certains penchent pour une « réforme globale »

Un point de vue loin d’être partagé par l’ensemble de la majorité. « On fera bien aussi la réforme des régimes spéciaux », prévient un pilier du groupe Renaissance au Parlement. « Nous sommes toujours sur une réforme globale », assure de son côté un conseiller de l’exécutif.