25. sept., 2022

La montée en puissance inédite du chemin de fer périurbain dans la région bastiaise

Prix des carburants, coût des parkings, embouteillages...

En réponse, le train connaît, depuis la rentrée, une hausse inédite du nombre de ses usagers dans la région bastiaise. Un engouement qui provoque aussi une saturation du réseau aux heures de pointe

"On n'a même plus de place pour s'asseoir le matin.'' 
Christine n'est pas la seule à faire ce constat. Employée dans une boutique de la rue César-Campinchi, dans le centre-ville de Bastia, cette salariée fait partie des habituées du chemin de fer. Voilà huit ans qu'elle l'emprunte en moyenne un jour sur deux pour rejoindre son lieu de travail au départ de la gare de Casamozza. "C'est tellement plus pratique que de se déplacer en voiture, estime-t-elle. Il n'y a pas le stress des embouteillages à l'entrée de la ville, ni besoin de chercher une place de stationnement. C'est beaucoup plus agréable."
Depuis quelques mois, nombreux sont ceux qui lui ont emboîté le pas.

La rentrée de septembre a vu davantage de travailleurs grossir les rangs des scolaires aux heures de pointe du matin.
Avec la hausse du prix des carburants, la saturation du réseau routier et l'éternel casse-tête du stationnement dans le centre-ville, nombre de professionnels se tournent vers le train.
L'aménagement de parkings relais au sud de l'agglomération a également joué dans cette nouvelle tendance.
"Il y a un engouement plus important vis-à-vis de notre mode de transport, observe Jacques Chibaudel, directeur de la production des Chemins de fer de la Corse (CFC). La fermeture du tunnel de Bastia en raison des travaux, l'hiver dernier, a accéléré le changement de comportement des usagers, qui ont vu l'intérêt d'utiliser ce service comme une alternative face à la hausse du prix de l'essence et au coût des parkings. C'est un gain de temps et une économie considérable."

Des attentes sur le confort et les horaires

Depuis la rentrée, le nombre d'abonnements a d'ailleurs augmenté de façon significative dans la région bastiaise : le train transporte désormais chaque jour plus d'un millier de scolaires entre Casamozza et Bastia, contre environ 700 en 2020. Côté professionnels, la hausse est également considérable sur cette ligne : quelque 210 cartes ont été retirées cette année auprès des CFC, contre une centaine l'an dernier. "L'abonnement est fixé à 55 euros mensuels pour les travailleurs, et peut être pris en charge en partie par les employeurs, précise Jacques Chibaudel. C'est donc un avantage non négligeable pour bon nombre de salariés." Cet attrait pour le chemin de fer a toutefois son lot de désagréments. En dépit de 23 allers-retours quotidiens sur le périurbain bastiais, cet engouement inédit est à l'origine d'une saturation du réseau aux heures de pointe, a fortiori le matin, avec des trains accueillant jusqu'à 400 personnes sur certaines rotations. "À partir de Borgo, il n'est plus possible d'avoir une place assise, déplore Christine. Cela pose des problèmes de confort mais aussi de propreté lorsqu'il y a autant de monde."

Certains usagers pointent également des problématiques ayant trait aux horaires de départ des trains, notamment en fin de journée. C'est par exemple le cas de Corinne. Cette technicienne de l'audiovisuel, domiciliée à Borgu, est une utilisatrice occasionnelle du chemin de fer, qu'elle souhaiterait emprunter davantage si les rotations le lui permettaient. "Je finis de travailler vers 20 heures, explique-t-elle. Le dernier départ de la gare de Bastia étant fixé à 19 h 30, je ne peux donc pas prendre le train pour rentrer chez moi. Plusieurs de mes collègues sont dans la même situation. Il serait souhaitable d'avoir une amplitude horaire plus large, comme c'était le cas pendant la fermeture du tunnel, en février dernier."

"Nous atteignons nos limites en termes de capacité"

Même constat du côté de Marjorie. Cette jeune femme de 33 ans, employée dans un café de l'avenue Jean-Zuccarelli, regrette, elle aussi, des rotations restreintes qui ne correspondent pas à ses horaires de travail. "J'habite à Biguglia et le train me permet d'être en ville en une dizaine de minutes, mais je ne peux plus le prendre, souligne-t-elle. J'aimerais l'utiliser plus souvent pour aller travailler. À l'heure où l'on prône l'usage des transports en commun, c'est regrettable de ne pas élargir cette offre de transport."

Les CFC ont bien conscience de ces difficultés. La direction des Chemins de fer s'apprête d'ailleurs à lancer, en octobre, une enquête de satisfaction auprès des utilisateurs du rail pour évaluer les besoins et améliorer le service. "Face à l'augmentation de la demande, nous atteignons aujourd'hui nos limites en termes de capacités, reconnaît Jacques Chibaudel. Nous avons besoin de matériel roulant supplémentaire. La Collectivité de Corse travaille à l'acquisition de nouveaux appareils mais il y a urgence à déployer des moyens supplémentaires pour répondre aux besoins croissants des usagers." Une urgence d'autant plus prégnante que des établissements comme l'hôpital ou des cliniques ont pris attache avec les CFC pour faciliter l'acheminement de leurs employés vers leur lieu de travail. La mise en place d'un tarif social est également à l'étude pour permettre à de nouveaux publics d'accéder à ce service.
Il faut dire aussi que les Chemins de fer entendent bien saisir la balle au bond dans un contexte de pression sur le pouvoir d'achat et propice aux mobilités moins agressives. L'entreprise peut d'ailleurs se targuer d'avoir franchi cet été un nouveau cap historique : les CFC ont en effet réalisé cette saison une augmentation de la fréquentation de l'ordre de 2 % par rapport à leur meilleure année, en 2018.