29. sept., 2022

Le PDG de SNCF Réseau révoqué sur fond d’équation financière intenable

Luc Lallemand, patron des voies ferrées françaises, était en conflit avec le gouvernement quant à l’impossibilité d’équilibrer les comptes tout en finançant de nouveaux projets d’infrastructures.

La décision est suffisamment rare pour être remarquée. Le dirigeant d’une entreprise publique a été licencié par son actionnaire, l’Etat, alors que traditionnellement les départs se font plutôt de manière feutrée. Un communiqué du ministère de l’Economie est même venu enfoncer le clou en indiquant : «Dans le cadre de la nouvelle politique de planification écologique, le réseau ferroviaire doit faire mieux en matière de qualité de service, d’aménagement du territoire de développement durable de sécurité et de performance économique.» Luc Lallemand, ancien boss du réseau ferré belge, était à la tête de SNCF Réseau depuis mars 2020. Cette filiale de la SNCF gère les 30 000 kilomètres de voies ferrées françaises. Elle est rémunérée par les péages que lui verse l’activité voyageurs et fret de la SNCF pour l’utilisation de ses voies. Charge à elle, en retour, de les entretenir et de financer les constructions de nouvelles liaisons. Et c’est justement là que le bât blesse.

SNCF Réseau s’est vu fixer par le gouvernement un objectif clair : le retour à l’équilibre de ses comptes en 2024. Une contrepartie à l’effacement d’une grande partie de la dette de l’entreprise : 35 milliards d’euros sur les 50 inscrits dans les comptes de l’entreprise en 2018. Le hic : Luc Lallemand a fait savoir à plusieurs reprises que cette obligation de ne plus afficher de pertes le contraignait à geler certains projets de construction ou de rénovation de lignes. De quoi braquer pas mal d’élus locaux contre lui.

Dernier épisode en date, le 13 septembre, un conseil d’administration extraordinaire d’Ile-de-France Mobilités. Cette émanation du conseil régional gère et finance l’ensemble des transports collectifs franciliens. Lors de cette réunion sont arrivés sur la table un surcoût de 1,7 milliard d’euros et les retards de mise en service de la ligne Eole, qui doit prolonger la ligne E du RER vers l’ouest parisien.

Autant de sujets sur lesquels Valérie Pécresse, la présidente d’Ile-de-France Mobilités, et Luc Lallemand se sont opposés frontalement. Un clash qui illustre l’équation intenable pour le PDG de SNCF réseau qui a choisi de mettre en avant ses contraintes financières dans la plupart des discussions. Sans doute parce que sa capacité à obtenir de nouveaux crédits de la part de l’Etat lui est rapidement apparue comme illusoire. Son successeur, Matthieu Chabanel, n’est pas vraiment un inconnu dans l’entreprise puisqu’il était le numéro 2 de SNCF Réseau jusqu’à cet été. Il en avait également brigué la présidence, sans succès, avant de partir pour la Poste où il avait pris ses fonctions le 1er septembre.